Dossier CNC   ➔

Le film

Reviews

Informations

Présentation

Année : 2020
Durée : 1h24
Genre : Animation
Scénario et dialogues  : Marie Desplechin & Florence Miailhe
Réalisation : Florence Miailhe

Une production Les films de l’Arlequin

En coproduction avec Arte France Cinéma, Xbo Films, Maur Films,  Balance Films

DVD _

LIVRE _

Play Video

Synopsis _

Un village pillé, une famille en fuite et deux enfants perdus sur les routes de l’exil… Kyona et Adriel tentent d’échapper à ceux qui les traquent pour rejoindre un pays au régime plus clément. Au cours d’un voyage initiatique qui les mènera de l’enfance à l’adolescence, ils traverseront de multiples épreuves, à la fois fantastiques et bien réelles pour atteindre leur destination.

Reviews

Le film présenté par des élèves _

Les élèves ont travaillé à partir de leur propre réception du film et de la matière mise à disposition sur ce site internet : ils ont écrit et interprété la voix off et ont réalisé leur montage avec la table mash up (outil d’éducation à l’image qui permet d’assembler des images et des sons de façon intuitive, sans avoir à prendre en main de logiciel de montage).

Cette pastille vidéo de présentation du film a été réalisée par les élèves de l’option Cinéma Audiovisuel du lycée Pierre d’Aragon de Muret (31), dans le cadre d’un atelier de 20h, encadré par Pauline Lebellenger avec l’appui des enseignants et mis en place en partenariat avec Cinephilae et Occitanie films.

Projet réalisé avec le soutien de la DRAC Occitanie, dans le cadre de l’enseignement optionnel de CAV, ainsi que de la Région Occitanie, dans le cadre du « Parcours de découverte des métiers de la culture et du patrimoine ».

Play Video

Cette pastille est destinée à être diffusée au cinéma, en avant-programme des séances du dispositif Lycéens et apprentis au cinéma et en classe avant ou après la projection, dans toute la France.

cliquez sur l'icône pour Télécharger le DCP de cette vidéo

L'équipe _

Scénario et dialogues : Marie Desplechin et Florence Miailhe
Création graphique et story board : Florence Miailhe
Assistantes à la réalisation : Fabiennne Wagenaar, Soline Fauconnier, Emilie Mereghetti, Camille Alméras
Recherches décors : Florence Miailhe, Margaux Duseigneur
Décoratrices : Marine Dillard, Emeline Perrin, Anne-Sophie Raimond Flau, Raphaëlle Stoltz, Emilie Battersby, Nela Sandner, Zuzana Studená
Animation : Valentine Delqueux, Marie Juin, David Martin, Aurore Peuffier, Anita Brüvere, Ewa Luczków, Paola de Sousa, Aline Helmcke, Urte Zintler, Lucie Sunková, Polina Kazak, Eva Skurská, Anna Padérová,
Zuzana Studená, Marta Szymanska
Chefs opérateurs : Cyril Maddalena, Guillaume Hoenig, Jaroslav Fišer, Danko Dolch
Compositing : Royal Post (Jonathan Trébois, Jean-Christophe Levet, Sylvain Derosne, Quentin Mesureux), Jan Mildner
Montage : Julie Dupré, Nassim Gordji Tehrani
Création sonore et mixage : Florian Marquardt
Musique originale : Philipp E.Kümpel, Andreas Moisa
Interprétée par Filmorchester Babelsberg
Musique du cirque : Manuel Merlot, Lucien Larquère
Musique additionnelle du cirque : Marc Perrone

Les voix _

Kyona : Emilie Lan Dürr
Kyona agée : Florence Miailhe
Adriel : Maxime Gémin
Iskender : Arthur Pereira
Jon : Serge Avedikian
Erdewan : Axel Auriant
Florabelle della Chiusa : Jocelyne Desverchère
Maxime della Chiusa : Marc Brunet
Madame : Aline Afanoukoé
Shaké : Polina Borisova
Issawa : Mehdi Guerbas
Le Père : Samuel Debure
La Mère : Anne Cart
Marie : Hélène Vauquois
Babayaga : Jenny Bellay

Biographies _

Née en 1956, elle réalise son premier court métrage Hammam en 1991. Depuis, elle impose un style très personnel à base de peinture, de pastel ou de sable, animés directement sous la caméra.
Elle obtient le César du meilleur court-métrage en 2002 pour Au premier dimanche d’août, la mention spéciale au Festival de Cannes en 2006 pour Conte de Quartier et le Cristal d’honneur en 2015, au Festival International du Film d’Animation d’Annecy pour l’ensemble de son oeuvre.
Elle a enseigné dans différentes écoles d’animation et continue, parallèlement à la réalisation, son travail de plasticienne.
La plupart de ses films ont été écrits avec la collaboration de Marie Desplechin. Leur projet La Traversée a reçu en 2010 le prix du meilleur scénario au Festival Premiers Plans à Angers et en 2017 le prix de la Fondation Gan pour le Cinéma.

Á 61 ans, elle écrit des livres pour la jeunesse depuis presque trente ans. Nombre d’entre eux sont des succès, comme Verte, paru en 1996 (2018 pour l’adaptation en bande dessinée) ou le Journal d’Aurore (2006, adapté au cinéma sous le titre Jamais contente). Son dernier livre est un manuel d’activisme écologiste à l’usage des enfants intitulé Ne change jamais.
Journaliste de formation, elle a écrit aussi pour un public adulte, romans, nouvelles et récits et participé à l’écriture de scénarios.
Elle a été la coscénariste de Florence Miailhe sur trois de ses courts métrages, Schéhérazade, Histoire du Prince borgne et Conte de quartier. Elle a participé depuis ses débuts à l’aventure de La Traversée.

Les producteur·trices _

Dora Benousilio _

Les films de l'Arlequin

La société les Films de l’Arlequin a été créée en 1991, principalement pour produire un long métrage en animation Le Monde est un Grand Chelm. Mais la diversité de ses « créateurs » a fait que la société a produit des fictions, des documentaires, des films institutionnels, de la publicité et même une maison d’éditions de vidéogrammes.
A présent, nous produisons principalement du dessin animé pour tout âge et dans tous les formats : longs métrages, séries courtes ou longues, courts métrages, spéciaux pour la télévision…

Les oeuvres produites par Les Films de l’Arlequin ont remporté de nombreux prix dans les festivals les plus prestigieux en France comme à l’international : prix et nominations aux César – distinctions au Festival de Cannes – prix dans les plus prestigieux festivals : Annecy – Cinanima (Espinho) – Animadrid – Leipzig- Stuttgart – Clermont Ferrand – Chicago – Bourg en Bresse.

Titres :
LE MONDE EST UN GRAND CHELM, LES BELLES HISTOIRES DE POMME D’API, EUGENIO, L’OEIL DU LOUP, LES CONTES DU CIMETIÈRE, VERTE, LE DERNIER MÉTRO AVANT NOËL, L’HOMME LE PLUS PETIT DU MONDE, UNE MINUTE AU MUSÉE, BORIS, LE ROI DE LA FORÊT, DES BRUMES, CATFISH BLUES, LE PÈRE FRIMAS, AU PREMIER DIMANCHE D’AOÛT CONTE DE QUARTIER, LE JARDIN, L’ARBRE, THÉ NOIR, EL CANTO, BAO, MENDELSSOHN EST SUR LE TOIT, TIGRES À LA QUEUE LEU LEU…

Réalisateurs :
Albert H Kaminski, Hoël Caouissin, Youri
Tcherenkov, Florence Miailhe, Marie Paccou, Serge Elissalde,
Franck Guillou, Sandra Desmazières, Inès Sedan, Izabela
Bartosik, Lucie Sunkova, Juan Pablo Zaramella, Jean Jacques
Prunès, Santiago Grasso, Benoit Chieux, Dephine Priet Maheo
etc…

Luc Camilli _

XBO FILMS

Luc Camilli est le co-fondateur, avec Dominique Deluze et Marc Ménager, de la société de production Xbo Films et du studio d’animation toulousain La Ménagerie,
spécialisés dans l’animation traditionnelle.
Il a coproduit avec Double Mètre Animation trois saisons de la série en stop motion Kiwi, d’Isabelle Duval, diffusées sur France Télévisions ainsi qu’une trentaine de court métrages dans des techniques diverses comme la marionnette, le sable animé, l’animation 2D ou le papier découpé.
Il a produit également des documentaires aux formats divers, allant du documentaire de création TV au court-métrage en passant par le documentaire animé ou la recréation de spectacle vivant.

Titres :
LE TROU, LA BOITE, UNE HISTOIRE DE JEANNOT, PAR-DESSUS TOUT, BOLERO PAPRIKA, KIWI, LE VÉLO D’ADÈLE, PETITS JOUEURS, LETTRES DE FEMMES…

Réalisateurs :
Fred Gobin, Marie-Pierre Hauwelle, Nicolas Bianco-Levrin, Julie Rembauville, Lisa Klemenz, Marc Ménager, Raphaël Lerays, Isabelle Duval, Bruno Collet, Augusto Zanovello

Martin Vandas_

MAUR FILM

Créée en 2003 par Martin Vandas, cette société est devenue l’un des plus importants producteurs en République tchèque. Avec six longs métrages à son actif, de nombreux courts métrages et films documentaires et pédagogiques, Maur film a remporté de nombreux prix prestigieux à l’international.

Longs Métrages en animation  :
LA TRAVERSÉE, FRITZI, FINFARUM 1-2-3 …

Courts Métrages en animation  :
DAUGHTER, L’ARBRE, NOCTUELLE, PIT, WILD BEAST…

Réalisateurs :
Lucie Sunkova, Daria Kashcheeva, David Sùkuf, Anca Damian

Ralf Kukula _

BALANCE FILM

Créée en 1993 par Ralf Kukula, Balance Film est une société basée à Dresde.
Elle produit principalement des films d’animation mais aussi des documentaires animés, des séries et des courts métrages. Elle travaille aussi en tant que prestataire pour d’autres compagnies.
Ralf Kukula est aussi un réalisateur expérimenté et il a terminé en 2019 son premier long métrage en animation Fritzi qui a déjà remporté de nombreux prix en Allemagne.

Titres :
FRITZI, WIDER HORIZONS, HALF THE TOWN, CHRIS THE SWISS, SANDPIXIES…

Réalisateurs :
Falk Schuster, Pawel Siczek, Anja Kofmel, Francie Liebschner

Enjeux et marathon _

Extrait du dossier pédagogique du film / Textes Mathilde Trichet / Réalisé par Capricci / CNC

Les enjeux d'une grosse production _

Le montage financier du film et le calendrier de production exigent que l’animation se déroule à Toulouse, Leipzig et Prague. C’est une révolution pour Florence Miailhe. Elle doit tenir un rôle de réalisatrice, dont elle n’avait pas conscience jusque-là : celle à qui ses collaborateurs demandent d’expliciter chacune de ses intentions et de répondre à toutes leurs questions.

Elle a dû dessiner un storyboard, ce qu’elle avait déjà fait dans le passé, mais surtout l’animer, autrement dit faire une animatique, la maquette visuelle permettant de vérifier le minutage et la pertinence des raccords. Puis il a fallu « qu’on invente une façon de faire travailler 12 bancs-titres en même temps en gardant une cohérence graphique », raconte la productrice Dora Benousilio. Avant le début de l’animation, il était donc indispensable de développer tout ce dont ses collaborateurs auraient besoin pour pouvoir travailler comme Florence Miailhe.
Pendant neuf mois, Florence Miailhe travaille avec une équipe de décoratrices, supervisant la création des quelque 600 décors du film. Au début de cette étape cruciale, elle dessine sur un rouleau de papier pour tickets de caisse les grands mouvements du film, les couleurs dans lesquels les personnages évolueront. Ce document est agrandi et collé sur les murs de l’atelier. Les décoratrices s’en inspirent, s’y réfèrent, discutent entre elles pour analyser le style si personnel de Florence Miailhe et pouvoir le reproduire : un trait lâché, comme jeté, spontané ; des décors très luxuriants, avec beaucoup de couleurs, assez chargés et en même temps pas maniérés. Florence Miailhe et la cheffe décoratrice créent également un livre de références qui définit les couleurs dominantes de chaque chapitre du film, auquel se réfèrent encore les décoratrices, chacune étant chargée d’un décor en fonction de ses affinités personnelles : le dessin des montagnes, les couleurs…

Le marathon de l'animation _

Pendant plus de deux ans, Florence Miailhe court entre trois pays. C’est épuisant et stressant. Elle réalise très peu de plans, ce qu’elle regrette, même si elle est souvent épatée par ce qu’ont créé les animatrices. L’équipe est en effet presque exclusivement féminine, sans le vouloir, du reste : très peu d’hommes ont candidaté à ces postes exigeants.

Il faut certes « connaître l’animation en plus de savoir peindre, dessiner, avoir des bonnes proportions pour un personnage », explique Florence Miailhe (dans le making-of du film). Il faut surtout oser se lancer « sans filet » quand on travaille la peinture animée. Ce courage-là serait-il un attribut particulièrement féminin ? D’autres raisons fortuites expliquent sans doute aussi la composition atypique de l’équipe constituée de pas moins d’une quinzaine d’animatrices. La gageure consiste précisément à garder une unité formelle alors que chacune de ces artistes possède un style propre. Leur coup de pinceau diffère, comme différait celui des décoratrices. Ainsi, la physionomie de Kyona et Adriel ne change-t-elle pas seulement au cours du récit parce qu’ils passent de l’enfance à l’adolescence ; elle se transforme également, imperceptiblement, en fonction des animatrices qui prennent en charge tel ou tel chapitre. C’est aussi ce qui fait la grâce de ce film.

La genèse du projet

Notes de production _

par Dora Benousilio (Les films de l'Arlequin) _

COMME DANS UN RÊVE...

Il y a longtemps, très longtemps, 13 ans pour être exacte, Florence et Marie m’ont envoyé la première mouture de leur projet de long métrage en animation.
Cela faisait encore plus longtemps que je travaillais avec ces deux artistes et je n’ai pas hésité une seconde. Non seulement, je leur faisais entièrement confiance, mais aussi et
surtout, j’ai tout de suite aimé le thème du film et la création graphique de Florence.

Il nous aura fallu 10 ans pour rassembler le financement tout en développant le projet. En effet, ce type de film avec cette technique n’avait encore jamais été fait et nous devions trouver des solutions artistiques et techniques.
Tous les producteurs vous le diront – surtout en animation- les problèmes surgissent toujours là où on ne les attend pas !!
Ainsi, il nous a fallu près de deux mois pour dénicher les celluloïds sur lesquels nous devions peindre les décors !! Mais nous avons pu compter sur l’enthousiasme et la créativité des artistes, des techniciens et sur le soutien de nos coproducteurs et de tous ceux qui ont cru et investi dans le film. Trois ans de fabrication, trois ans d’innovation, trois ans de stress, trois ans de doutes. Mais aussi et surtout trois ans de joie grâce à tous ces talents venant de partout, presque exclusivement des femmes d’ailleurs. Et le film est là … comme dans un rêve…

Play Video

Texte lu issu du dossier pédagogique du Prix Jean Renoir 2021-2022 / Canopé Édition / Ministère de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports

Notes sur l'écriture _

Par Marie Desplechin _

Un jour, un ami commun nous a présentées, Florence et moi. Elle venait de terminer son premier film, Hammam et cherchait quelqu’un pour écrire avec elle son film suivant. Quelle chance ! Je n’avais aucune expérience dans l’écriture de scénario, mais une grande habitude de me lancer dans des entreprises dont j’ignorais à peu près tout.

Nous nous sommes rencontrées chez elle, autour de la table, dans la cuisine de sa maison. Un lien amical s’est tissé tout de suite. Nos réunions de travail duraient des heures et associaient dans le désordre soucis domestiques et soucis artistiques.
Après nos conversations dans la cuisine, j’écrivais des propositions qu’elle amendait, encore et encore. Il y a un « temps Florence » auquel il faut s’adapter, fait de minutie, d’exigence, de doutes et de repentirs. Elle travaille toujours comme elle peint, elle passe et elle repasse. Et du premier traitement à l’enregistrement des voix, en passant par le story-board et ses amendements, chaque scène, chaque phrase, chaque mot ont été pesés, placés, changés, bougés, supprimés, repêchés… Florence est « autodidacte » en animation, et de mon côté, ne pas avoir appris à écrire, inventer la pratique tandis qu’elle se faisait, a certainement été un avantage. Je la vois mal travailler avec un scénariste aguerri, discuter avec lui règles de construction et psychologie des personnages. Je ne crois pas qu’elle conçoive deux étapes de nature différentes, dont l’une serait l’histoire et l’autre le dessin. Je n’avais pas de certitudes. J’étais d’accord pour recommencer encore et encore. J’ai pensé que mon travail avait son parallèle dans son dessin, repris jusqu’à être recouvert, la somme des repentirs. Et s’il fallait parfois faire preuve d’un peu de patience, je savais que ce n’était rien en comparaison de la grande patience dont elle userait une fois enfermée avec ses pastels sous le banc titre. Pour moi, c’était une expérience. Pour elle, des mois, des années de travail solitaire.
Florence est extrêmement fidèle. J’ai écrit pour tous ses films même quand je n’étais pas associée au scénario. Florence est habitée par un imaginaire plus impératif que le mien, qui se laisse volontiers absorber. Je me suis glissée dans son monde. J’ai dit oui bien sûr quand elle m’a proposé de réfléchir avec elle à son projet de long-métrage. Nous nous connaissions bien, je peux faire le trajet jusqu’à son atelier les yeux fermés. Les grandes lignes se sont dessinées tout de suite, elles sont l’aboutissement de toute son oeuvre, fidélité familiale, contes et mythes, mémoire et dette historique, souci du présent. Nous ne nous sommes pas posées la question de l’âge des héros, ou de celui des spectateurs (même s’il a fallu y répondre des centaines de fois par la suite). Nous avons fait une histoire qui lui ressemblait, une épopée d’initiation, fondée sur l’observation et mise en résonance dans la chambre d’échos des mythes.
Nous avons pensé à Ulysse, à Hansel et Gretel, à Aaron Appelfeld, aux pogroms, aux camps de rétention plantés aux frontières. Nous avons puisé dans l’histoire de ses grands-parents, de sa mère et de son oncle, dans les histoires que l’on m’a racontées ou dans celles de gens que j’aimais. Et ensuite nous avons écrit les chapitres de ce film comme autant d’épisodes ou de stations pour nos héros. Jamais nous n’avons perdu de vue que nous faisions une histoire pour le temps présent.
Comme pour ses autres films, l’effort consiste à entrer chez elle, à l’accompagner. Si ça marche, c’est sans doute que nous ne sommes pas si éloignées, et que j’éprouve un sentiment de familiarité avec son monde.
De bureau en commissions, en dépit des encouragements et des soutiens, le film a attendu une dizaine d’années avant de se faire. Je ne compte plus les différentes versions qu’a connues le scénario. Il s’est certainement amendé, éclairci au fil des ré-écritures. Mais entre ceux qui doutaient de « la cible », ceux qui n’avaient pas confiance dans le dessin, ceux qui y voyaient des « bons sentiments », ceux qui trouvaient le sujet sombre, etc…, nous avons aussi perdu pas mal de temps. Le projet avait reçu le prix du scénario au festival Premiers Plans d’Angers, nous étions encouragées à chaque nouvelle présentation publique, mais ce n’était pas suffisant pour lancer la production. Nous nous sommes faites à l’idée qu’il fallait renoncer. Le film ne se ferait pas.
Et puis Dora avait une nouvelle idée, un nouveau plan, de nouveaux contacts… Elle n’a jamais vraiment lâché prise.
Et un jour, c’est reparti. Florence a disparu entre Toulouse, Prague et Leipzig. Je suis revenue en pointillé, pour reprendre, et retoucher, et préciser, et compléter.
J’ai vu le film presque fini, et c’était dingue de le voir. Rien ne ressemblera à ce film, comme rien ne ressemble à l’oeuvre de Florence, qui lui ressemble tant, à elle. C’est un sentiment très heureux et très plein de penser que j’y ai, à ma petite place, contribué.

D’après BLINK BLANK LA REVUE DU FILM D’ANIMATION

Notes d'intention _

Par Florence Miailhe _

LE TEMPS INDÉFINI DE LA LÉGENDE

Le propos de La Traversée est né de la rencontre entre deux émotions : la mémoire familiale – mes arrière-grands-parents fuyant Odessa au début du XXème siècle, ma mère et son jeune frère sur les routes de France gagnant la zone libre en 1940 – et la spectaculaire augmentation des déplacements humains au cours des dernières décennies. J’ai vu se refléter dans le parcours des familles kurdes, syriennes, soudanaises, afghanes, celui de ma propre famille juive. Des gens poussés par la guerre, la faim, les persécutions, cherchant une meilleure terre où reconstruire leur existence et prêts pour cela à affronter tous les périls.

 

Si le film s’ancre dans les réalités migratoires contemporaines, le sujet est traité de façon intemporelle – afin de montrer la permanence de l’histoire des migrations – en s’inspirant de la narration des mythes et des contes.
La décision de suivre deux héros au sortir de l’enfance a été prise avec ma co-scénariste la romancière Marie Desplechin, dont les livres s’adressent en priorité à la jeunesse. Nous avons abordé le récit dans cette optique : nos deux héros, soeur et
frère, Kyona et Adriel, portent aussi bien la figure de Hansel et Gretel que celle de deux jeunes « mineurs isolés ».
C’est dans cette double approche, dont la pertinence s’est confirmée au fil de l’écriture, que nous avons construit la narration.
Le film est découpé en autant de « chapitres » qui correspondent chacun à un domaine du conte et simultanément à une situation actuelle des chemins d’exil. Ainsi, les enfants des rues sont évoqués comme des « frères corbeaux » ou des petits poucets abandonnés par leurs parents, la vieille femme qui recueille Kyona dans la forêt comme une Baba Yaga, le couple des acheteurs d’enfants comme des ogres…
Pariant sur le pouvoir de la fiction à rendre compte au mieux du réel, nous utilisons ses codes. L’histoire est située sur une carte imaginaire, rappelant peu ou prou les contours de l’Europe. Les peuples qui l’habitent nous sont étrangement familiers. Rien ne permet d’attribuer une époque donnée à l’histoire, qui pourrait se dérouler au siècle dernier comme aujourd’hui ou demain. Nous sommes dans le temps indéfini de la légende.
Cette approche a fait que nous nous adressons à un public commun d’enfants et d’adultes, comme le font les mythes, qui offrent à chaque âge des images nécessaires pour se représenter et apprivoiser l’expérience du monde.

L’action, du départ à l’arrivée, se déroule sur quatre saisons, que distinguent les atmosphères et les couleurs. Ce cycle contient une double traversée, les deux héros quittant à la fois leur pays et l’enfance. Sur le chemin, les héros apprennent à résister, à se battre, à perdre et à aimer. Ils deviennent progressivement eux-mêmes. Leur caractère évolue, comme leur corps et leur visage. Leur épopée prend un caractère initiatique et leur voyage, s’offre comme la métaphore du passage
vers l’âge adulte.
Le récit est porté par la voix de Kyona âgée, qui relate le souvenir de sa « traversée », à partir d’un carnet de croquis qu’elle dessine tout au long de son périple. Cette mémoire restituée se présente ainsi comme un acte de transmission.
Le carnet a été reconstitué à partir de dessins de ma mère, Mireille Glodek Miailhe. Entre 15 et 18 ans autour de la deuxième guerre mondiale, elle représente sa famille, son frère, des scènes de la vie quotidienne. C’est à partir de ses dessins que nous avons défini les personnages et certains décors.
Inversement des dessins de ma mère ont été modifiés pour correspondre aux personnages. Ainsi une troublante réalité se crée faite d’allers-retours entre les croquis d’époque et l’univers du film.
Le travail sur les décors et les situations a été précédé d’une documentation importante sur les parcours des réfugiés, les dangers encourus et les camps de rétention. Photos, reportages, récits fondent la part de réalité contemporaine du film.
On le constate particulièrement dans les séquences consacrées au refuge des enfants des rues, au cirque nomade et aux prostituées et dans celles qui portent sur le camp de rétention de Shalangar.
Le film joue ainsi constamment entre l’imaginaire et le documentaire, le quotidien et l’onirique.
L’animation en peinture, avec ce qu’elle offre d’émotion esthétique et de mise à distance y contribue.

Reviews

Le scénario _

Le scénario lu par Ariane Ascaride_

Podcast issu de  Fictions / Théâtre et Cie (France Culture)
Réalisation : Laure Egoroff

Conseillère littéraire : Céline Geoffroy

Prise de son, montage et mixage : Serge Ristitch et Laure Yung-Lancrey

Assistante de réalisation : Clémence Gross

0:00 / 0:00
Ariane Ascaride
Visuel de Florence Miailhe

un visuel et son film

À propos de l'affiche

Par Mathilde Trichet _

Enseignante, rédactrice et formatrice pour les dispositifs d’éducation aux images
Play Video

Reviews

peinture animée

La peinture animée
de Florence Miailhe _

La peinture animée de Florence Miailhe est l’un des moyens de réaliser un film d’animation image par image. Eu égard à la matérialité de son travail, celui-ci relève de l’animation en volume, non du « classique » dessin animé. Les élèves connaissent sans doute d’autres films réalisés en stop motion, tel le classique L’Étrange Noël de monsieur Jack (Henry Selick, 1993). On pourra effectuer des recherches sur les différentes techniques existantes, en cherchant des extraits de films (voire des films entiers) libres de droits sur Internet : animation de marionnettes articulées, de papiers découpés, de pâte à modeler (claymation), de sable ; pixilation (animation d’êtres humains image par image) ; écran d’épingles (films de Jacques Drouin, notamment)…
Au-delà de la réalisation de ce catalogue, on invitera surtout les élèves à s’interroger sur le choix artistique du stop motion quand on sait le travail qu’il requiert : une des animatrices de La Traversée déclare passer 15 minutes de travail d’animation entre deux images ; or il faut 12 images par seconde (la norme en animation : chaque image est doublée) pour que notre cerveau ait l’illusion du mouvement. Ce choix leur semble-t-il pertinent à l’heure de l’animation 3D, avec des images en volume créées entièrement sur ordinateur ? Plus généralement, pourquoi recourir à ces techniques plutôt qu’à la prise de vues réelles – plusieurs éléments de réponse étant possibles ?

La réalisatrice raconte

Play Video

Ma technique de peinture animée est un peu comme un numéro d’équilibriste sans filet. Je peins directement sous la caméra avec tout ce que cela implique de risques, d’intuitions, de hasards et d’exigences.

Le processus est apparemment simple. Une caméra au dessus d’une table, un premier dessin est photographié puis modifié légèrement sur la même surface et au fur et à mesure des changements, on prend des images. Il y a peu de possibilités de retours en arrière. Je dessine le mouvement par transformations successives, touche après touche, créant une matière qui agit, vibre, produit ses propres intensités, ses propres couleurs. Je profite des accidents qu’elle m’offre, je me laisse guider par elle. Le détail des mouvements s’improvise au gré de mes intuitions, des idées qui surgissent… Je me suis toujours donner la liberté d’hésiter, de traîner, de gâcher parfois…

Il n’y a rien de moins industriel que cette technique d’animation. Il est quasiment impossible de rationaliser le travail, d’espérer que l’on pourra faire tant de secondes par jour, tant de décors, tant de reprises en compositing.

Au cinéma, il faut 24 images par seconde pour donner l’illusion du mouvement ou pour économiser un peu de travail 12 dessins que l’on prend deux fois. On peut faire le calcul du nombre d’images qu’il faut faire pour 1 heure 20 de film.

Jusqu’à présent, je travaillais seule ou presque. Mais pour un long métrage, il fallait une équipe. Comment faire passer aux décoratrices, aux animateurs et animatrices, cette technique qui est la traduction d’un travail personnel ?

Nous avons commencé par réaliser plus de 500 décors avec dix décoratrices.

Quatorze animatrices et un animateur ont travaillé sous ma direction. Il fallait garder la cohérence de l’ensemble, tout en donnant à chacun-chacune la possibilité d’exprimer son talent propre. Cela a été l’un des enjeux principaux du film.

La réalisation a duré trois ans. Quatorze bancs-titres ont été construits dans trois studios et trois pays : la France, la République Tchèque, l’Allemagne. Et petit à petit, seconde par seconde, plan par plan, j’ai vu le film naître.

éléments de fabrication

Recherches graphiques, images de référence et personnages _

Le carnet _

Florence Miailhe s’est inspiré des dessins réalisés à l’adolescence par sa propre mère, la peintre Mireille Glodek Miailhe, pour définir les personnages du film. Le carnet de Kyona est constitué de ces dessins originaux, témoins d’une période historique chargée (la France de la Seconde Guerre mondiale), remis dans un ordre qui correspond au déroulement du film.
Play Video

Personnages _

Entre ses 15 et 18 ans pendant la deuxième guerre mondiale, elle a dessiné sa famille, son frère, des scènes de la vie quotidienne. C’est à partir de ses dessins que les personnages et certains décors ont été définis. Inversement, des dessins de sa mère ont été modifiés pour correspondre aux personnages. Ainsi une troublante réalité se crée, faite d’allers-retours entre les croquis d’époque et l’univers du film.

Les décors _

Dessins extraits de l’exposition autour du long métrage de Florence Miailhe réalisée par Phénakis (Cécile Noesser) – produite par Les Films de l’Arlequin et XBO Films, avec le soutien de l’Association française du cinéma d’animation (AFCA) et de Nouvelles Ecritures pour le Film d’Animation (NEF Animation).

L’exposition des oeuvres originales retrace tout autant cette histoire que les étapes de fabrication, depuis le croquis jusqu’au décor final, en passant par le storyboard et les recherches de personnages.

Exposition disponible à la location auprès de l’ADAV.

La phase de développement des films de Florence Miailhe est toujours très riche en recherches peintes et dessinées. Elles permettent de trouver l’ambiance, les couleurs et l’atmosphère générale du film.

Plus de 600 décors ont été peints par dix décoratrices, sur papier de soie et cellulo. La grande majorité sont de format 50x60cm, d’autres sont des travellings, plus longs, sur lesquels la caméra peut se déplacer latéralement. Cinq de ces décors sont rétroéclairés pour retrouver la lumière de la table lumineuse.

Florence Miailhe a peint une frise longue de 25mètres et haute de 6 centimètres qui raconte l’entièreté de l’histoire. Elle a servi de premier « storyboard » non conventionnel ; le storyboard, ou scénarimage, étant l’histoire du film dessinée plan par plan. Cette fresque a été reproduite, agrandie et exposée d’abord à l’occasion d’une exposition à l’abbaye de Fontevraud, puis dans les studios de fabrication du film, en guise de référence pour les décoratrices et animatrices.

Play Video

Les voix
& la musique_

Les voix ont été enregistrées en amont de l’animation, afin que les animatrices puissent se caler sur le rythme et le phrasé des comédiens – débutants et confirmés. Ce sont en effet des enfants qui prêtent leur voix aux enfants du film, ce qui n’est pas toujours le cas en animation (comme en dou­blage). Pourtant, les échanges entre les personnages, leurs intonations, leurs rires, leur espièglerie « sonnent » juste. Quant à la musique du compositeur allemand Philipp E. Kümpel, qui accompagne l’action tout au long du film, elle a été maquettée dès l’animatique, une nouveauté encore pour Florence Miailhe. De nombreux allers et retours furent néces­saires pendant toute la fabrication pour l’adapter à la durée des plans avant qu’elle soit enregistrée dans les mythiques studios Babelsberg proches de Berlin, où a notamment été filmé L’Ange bleu (Josef von Sternberg, 1930).

Making of du film _

Making Of de La Traversée réalisé par Florence Miailhe
Réalisation Loïc Mahe / Arte France Cinéma (36’08 – France - 2021)

Play Video

Reviews

Un film documentaire ? _

Extrait du dossier pédagogique du film / Textes Mathilde Trichet /
Réalisé par Capricci / CNC

La réalisation du film a exigé un grand travail documentaire : outre les recherches sur les camps de rétention de migrants, les animatrices et Florence Miailhe ont notamment effectué des repérages à l’école supérieure des arts du cirque Toulouse-Occitanie, pour réaliser les scènes du cirque. Les élèves pourront à leur tour chercher des reportages sur Internet, des photos qui documentent ces témoignages du réel – les bidonvilles dans lesquels vivent les enfants des rues, par exemple.

Cette dimension documentaire imprime en réalité tout le film, puisque Florence Miailhe s’est inspiré de dessins réalisés par sa mère, Mireille Glodek Miailhe, pour définir les personnages du film. Le carnet de Kyona est parsemé de ces dessins originaux, témoins d’une période historique chargée (la France de la Seconde Guerre mondiale), remis dans un ordre qui correspond au déroulement du film. Les élèves auront-ils été sensibles à la vibration particulière qui émane de ce carnet pendant la projection ? Apprenant son origine, ils pourront encore s’interroger sur les éléments documentaires qui imprègnent le cinéma de fiction, y compris les films d’animation.

Frise pédagogique
de Ciclic _

Histoire du cinéma d'animation _

L’animation est à l’origine du cinéma. Animer, c’est en effet donner l’illusion du mouvement à partir d’une suite d’images fixes. On décompose un mouvement en une série de dessins qu’on projette ensuite tellement vite que l’œil ne perçoit pas séparément chaque phase du mouvement, mais un mouvement continu. C’est sur ce principe qu’ont été inventés les jouets optiques, puis les pantomimes d’Émile Reynaud et enfin les photographies animées des frères Lumière. 

Au fond, tous les films sont donc des films d’animation. Les Lumière et leurs successeurs ont laissé tourner la caméra, mais quelques artistes patients ont continué de fabriquer leurs films image par image, avec diverses matières premières : papier, poupées, peinture, pâte à modeler… jusqu’aux pixels des PC.

Textes : Simon Gilardi, Denis Walgenwitz. Réalisation : Ciclic en partenariat avec le Conseil général d’Eure-et-Loir, 2014.

Partenaires du film

Partenaires du site